En 2026, le télétravail en Thaïlande pour un employeur belge rend-il le couple résident fiscal belge ?

Télétravail en Thaïlande avec employeur belge en 2026 : résidence belge ? Pas automatiquement, mais salaire et sécurité sociale doivent être vérifiés.

Non, pas automatiquement. Le fait qu’un conjoint continue à travailler pour un employeur belge depuis la Thaïlande ne suffit pas, à lui seul, à maintenir ou créer une résidence fiscale belge pour le couple. Le point central reste le lieu où le ménage est réellement établi, le lieu où le travail est physiquement presté et la manière dont la situation est structurée fiscalement, socialement et administrativement. La réponse dépend toujours de la situation exacte.

Les seuils et références ci-dessous concernent principalement les revenus 2026, soit l’exercice d’imposition 2027, avec une attention particulière aux situations de transition vers 2027. Les exemples sont illustratifs.

Le critère central : où le ménage est réellement établi

En droit fiscal belge, quitter la Belgique ne se résume pas à une radiation communale.

La Belgique examine surtout deux critères :

  • le domicile fiscal, c’est-à-dire le lieu où la personne vit effectivement et durablement ;

  • le siège de la fortune, c’est-à-dire le centre de ses intérêts économiques ou patrimoniaux.

L’inscription au registre national belge crée une présomption de résidence belge, mais cette présomption peut être renversée si les faits montrent que la vie réelle de la personne se situe ailleurs.

Pour les personnes mariées ou cohabitants légaux, le raisonnement devient encore plus important : le SPF Finances précise que le domicile fiscal du ménage se situe en principe à l’endroit où le ménage est établi. Si le couple vit effectivement à l’étranger, sans foyer disponible en Belgique, les conjoints relèvent en principe de l’impôt des non-résidents pour leurs revenus imposables en Belgique, et non de l’impôt belge des personnes physiques comme résidents.

Un employeur belge ne suffit pas à maintenir la résidence fiscale belge

Un cas fréquent est celui d’un couple qui s’installe hors de Belgique, par exemple en Thaïlande, alors qu’un des conjoints conserve un contrat de travail avec un employeur belge.

Le fait que l’employeur soit belge est un élément important, mais il n’est pas décisif à lui seul.

Les questions principales sont les suivantes :

  • où le conjoint travaille-t-il physiquement ?

  • où le ménage vit-il durablement ?

  • le couple conserve-t-il un logement disponible en Belgique ?

  • les séjours en Belgique sont-ils courts et occasionnels ?

  • les attaches économiques principales restent-elles en Belgique ou sont-elles transférées à l’étranger ?

  • l’employeur belge adapte-t-il correctement le payroll, la sécurité sociale et la documentation contractuelle ?

Si le ménage est effectivement établi en Thaïlande, que le couple ne dispose plus d’un foyer belge et que le travail est réalisé à distance depuis la Thaïlande, la résidence fiscale belge n’est pas automatiquement maintenue.

Comment la convention Belgique–Thaïlande traite les salaires

La convention préventive de double imposition entre la Belgique et la Thaïlande ne suit pas exactement la numérotation de certaines conventions plus récentes.

Dans cette convention, les règles relatives aux salaires et prestations personnelles se trouvent principalement à l’article 14, tandis que l’article 15 vise plutôt les rémunérations d’administrateurs.

En substance, l’article 14 prévoit que les salaires sont imposables dans l’État de résidence, sauf si les services sont rendus dans l’autre État. Dans ce cas, l’autre État peut imposer la rémunération correspondant au travail effectivement presté sur son territoire.

Une exception de type 183 jours peut maintenir l’imposition dans l’État de résidence si plusieurs conditions sont réunies, notamment :

  • la présence dans l’autre État ne dépasse pas 183 jours ;

  • les services sont rendus pour une personne résidente du premier État ;

  • la rémunération n’est pas déduite de bénéfices imposables dans l’autre État.

Concrètement, si un conjoint vit en Thaïlande et effectue ses journées de travail physiquement depuis la Thaïlande pour un employeur belge, la rémunération liée à ces journées devrait, en principe, être analysée du point de vue thaïlandais, surtout lorsque la résidence fiscale thaïlandaise est acquise.

L’année 2026 peut être une année de transition

L’année du départ est souvent la plus délicate.

Pour les revenus 2026, il faut distinguer plusieurs périodes :

  • la période avant le départ effectif de Belgique ;

  • la période pendant laquelle le conjoint commence éventuellement à travailler depuis la Thaïlande ;

  • la période après l’installation durable du ménage à l’étranger.

Jusqu’au départ effectif, le conjoint reste en principe résident fiscal belge. Son salaire belge reste alors imposable en Belgique selon les règles ordinaires.

Après l’installation durable en Thaïlande, le raisonnement peut changer. Il faut alors examiner le lieu d’exécution du travail, la résidence fiscale du conjoint et l’application de la convention Belgique–Thaïlande.

La Thaïlande considère généralement une personne comme résidente fiscale lorsqu’elle séjourne en Thaïlande au seuil de 180 jours dans l’année civile. Les résidents thaïlandais sont imposables sur les revenus de source thaïlandaise ainsi que, sous conditions, sur certains revenus de source étrangère rapatriés en Thaïlande. Les non-résidents sont en principe imposables uniquement sur les revenus de source thaïlandaise.

Ainsi, une arrivée en Thaïlande en cours d’année 2026 peut créer une année hybride : une partie de l’année reste clairement belge, tandis qu’une autre partie doit être analysée à la lumière du lieu de travail, de la résidence et du seuil thaïlandais de 180 jours.

À partir de 2027, si le ménage vit toute l’année en Thaïlande et que le travail est effectué depuis la Thaïlande, la situation devient généralement plus claire, sous réserve des règles locales et de la documentation disponible.

Le précompte professionnel belge peut continuer par défaut

Même si la convention limite le droit d’imposition de la Belgique, un employeur belge peut continuer à retenir du précompte professionnel belge par prudence ou par défaut de paramétrage payroll.

Cela ne signifie pas toujours que la Belgique a définitivement le droit d’imposer le salaire.

En pratique, deux approches sont possibles :

  1. l’employeur adapte le payroll en amont, sur base d’une analyse documentée ;

  2. le précompte est retenu en Belgique, puis le contribuable demande une correction via une déclaration à l’impôt des non-résidents ou une régularisation.

La première solution est plus propre, mais elle suppose que l’employeur belge accepte d’analyser correctement la situation avec son secrétariat social ou un spécialiste payroll international.

La sécurité sociale est un point séparé de la fiscalité

La fiscalité ne règle pas tout.

La Belgique n’a pas de convention bilatérale de sécurité sociale avec la Thaïlande dans la liste officielle des pays conventionnés. La Thaïlande ne fait pas non plus partie de l’EEE ni de la Suisse, où les règles européennes de coordination s’appliquent.

Il ne faut donc pas supposer automatiquement qu’un travailleur installé durablement en Thaïlande peut rester affilié au régime belge de sécurité sociale simplement parce qu’il conserve un contrat belge.

En cas de détachement temporaire, l’employeur belge doit informer l’ONSS, qui examine la situation et détermine la législation applicable. Mais un détachement est, par nature, une situation temporaire.

Pour une installation permanente ou quasi permanente en Thaïlande, il faut vérifier :

  • si l’ONSS accepte encore l’assujettissement belge ;

  • si une affiliation locale thaïlandaise est requise ;

  • si une couverture volontaire via la Sécurité sociale d’outre-mer peut être pertinente ;

  • si l’employeur belge est prêt à gérer cette situation correctement.

Visa thaïlandais : droit de séjour et droit de travailler ne sont pas identiques

Le volet immigration doit aussi être vérifié.

Les informations consulaires thaïlandaises présentent le Destination Thailand Visa comme couvrant notamment certaines situations de “workcation” pour travailleurs à distance, freelances ou digital nomads, ainsi qu’une catégorie pour conjoint et enfants de titulaires DTV.

Mais il ne faut pas confondre :

  • le droit de séjourner en Thaïlande ;

  • le droit d’y exercer effectivement une activité professionnelle ;

  • le droit de télétravailler pour un employeur étranger ;

  • les obligations fiscales et sociales locales.

Un conjoint accompagnant doit donc vérifier si son statut lui permet réellement de travailler à distance pour un employeur belge, ou s’il doit lui-même obtenir un statut adapté à son activité.

Impact sur la résidence fiscale de l’autre conjoint

Le risque principal pour l’autre conjoint ne vient pas du fait que son conjoint travaille encore pour une société belge.

Ce qui compte est le centre de vie du ménage.

La position de non-résidence fiscale belge est généralement plus cohérente lorsque :

  • le ménage est effectivement établi en Thaïlande ;

  • il n’existe plus de logement disponible en Belgique ;

  • les retours en Belgique sont courts et occasionnels ;

  • l’activité professionnelle principale est gérée depuis l’étranger ;

  • les clients, revenus et décisions économiques principales ne sont pas en Belgique ;

  • les preuves d’installation hors de Belgique sont solides.

À l’inverse, le risque augmente si le conjoint reste durablement domicilié et physiquement présent en Belgique, si le couple conserve un logement belge disponible, si une partie importante de l’activité est gérée depuis la Belgique ou si des revenus belges significatifs réapparaissent.

Le régime matrimonial, par exemple une séparation de biens, peut avoir une utilité patrimoniale. Mais il ne neutralise pas, à lui seul, la règle fiscale selon laquelle le domicile fiscal des conjoints dépend du lieu où le ménage est réellement établi.

Ancienne société belge ou structure étrangère : attention aux effets indirects

La clôture d’une ancienne société belge doit être traitée séparément de la résidence fiscale personnelle.

Le fait de clôturer une société belge après un départ ne rend pas automatiquement la personne résidente fiscale belge. En revanche, si la société dispose encore de trésorerie, une liquidation peut entraîner un précompte mobilier belge sur un boni de liquidation ou sur certaines distributions, selon la nature des réserves, les régimes applicables et le moment de la liquidation.

Il est donc important de traiter ce point avec un comptable belge ou un conseiller fiscal, indépendamment du dossier de résidence fiscale.

Il faut aussi éviter de mélanger inutilement les activités du couple. Par exemple, faire passer le travail du conjoint salarié par une structure étrangère utilisée par l’autre conjoint peut créer un lien commercial inutile, brouiller la séparation des activités et compliquer la situation fiscale.

La facturation comme indépendant ou consultant depuis la Thaïlande est possible en théorie, mais elle devient délicate si la personne continue à travailler uniquement pour son ancien employeur belge, avec les mêmes tâches, les mêmes instructions et sans réelle autonomie. Dans ce cas, un risque de requalification en relation salariée déguisée peut exister.

Risque d’établissement stable pour l’employeur belge

Le télétravail international peut aussi créer un risque pour l’employeur belge.

Si le conjoint installé en Thaïlande effectue uniquement des tâches internes, opérationnelles ou administratives, sans pouvoir de négocier, signer des contrats ou engager commercialement l’entreprise, le risque d’établissement stable est plus limité.

En revanche, si cette personne devient une présence permanente en Thaïlande pour l’entreprise belge, avec un rôle commercial, décisionnel ou contractuel, l’administration thaïlandaise pourrait considérer que l’employeur belge dispose d’une présence taxable locale.

Ce point doit être analysé par l’employeur, car la convention Belgique–Thaïlande contient également une définition de l’établissement stable.

Comment structurer correctement la situation

La solution la plus simple sur le papier est souvent de maintenir le contrat belge, mais avec une documentation claire.

Un avenant au contrat peut notamment préciser :

  • que le lieu habituel de travail est la Thaïlande ;

  • que le travail est effectué exclusivement à distance ;

  • que la personne n’a pas le pouvoir de conclure des contrats au nom de l’employeur belge ;

  • qu’elle n’engage pas commercialement l’entreprise en Thaïlande ;

  • que l’employeur prend position sur le payroll, la sécurité sociale et la fiscalité ;

  • que les jours travaillés depuis chaque pays sont documentés.

Un détachement peut être envisagé si la situation est temporaire, mais il n’est pas toujours adapté à une installation durable.

Une structure locale de portage ou un employeur local peut être plus conforme lorsque l’activité devient permanente depuis la Thaïlande. Cette option peut aider à gérer les obligations locales de payroll, d’impôt et de sécurité sociale, mais elle doit être validée localement, notamment sur le plan du visa et du permis de travail.

Quelles preuves conserver ?

En cas de contrôle, la résidence fiscale se démontre rarement par un seul document. Elle repose sur un faisceau d’indices cohérents.

Il est utile de conserver notamment :

  • le certificat de radiation belge ;

  • la preuve d’une adresse ou d’un logement en Thaïlande ;

  • les visas et autorisations de séjour ;

  • les preuves de présence physique en Thaïlande ;

  • les billets d’avion et relevés de déplacements ;

  • la preuve de l’absence de logement disponible en Belgique ;

  • la clôture ou réduction des abonnements belges non nécessaires ;

  • les preuves de gestion effective de l’activité depuis l’étranger ;

  • un relevé des jours passés en Belgique ;

  • les échanges avec l’employeur belge sur le payroll et la sécurité sociale.

Questions fréquentes

Si mon conjoint travaille encore pour un employeur belge, suis-je automatiquement résident fiscal belge ?

Non. Le fait qu’un conjoint travaille pour un employeur belge ne suffit pas, à lui seul, à rendre le couple résident fiscal belge. Le critère principal reste le lieu où le ménage vit réellement et durablement.

Le salaire belge reste-t-il imposable en Belgique si le travail est fait depuis la Thaïlande ?

Pas nécessairement. Si le travail est physiquement presté depuis la Thaïlande et que la personne est fiscalement résidente thaïlandaise, la convention Belgique–Thaïlande peut limiter le droit d’imposition de la Belgique.

La radiation communale suffit-elle à quitter la résidence fiscale belge ?

Non. La radiation est un élément important, mais la Belgique examine aussi le domicile fiscal, le siège de la fortune, le logement disponible, les attaches économiques et le lieu de vie réel du ménage.

Que faire si l’employeur belge continue à retenir du précompte professionnel ?

Il faut vérifier si le précompte est justifié au regard de la convention applicable. Selon le cas, l’employeur peut adapter le payroll ou le travailleur peut récupérer le trop-perçu via l’impôt des non-résidents ou une régularisation.

Le régime de séparation de biens protège-t-il contre une résidence fiscale belge ?

Non. La séparation de biens peut être utile sur le plan patrimonial, mais elle ne remplace pas l’analyse du lieu où le ménage est effectivement établi.

Faut-il vérifier le visa thaïlandais même si le travail est pour un employeur belge ?

Oui. Le droit de séjourner en Thaïlande et le droit d’y travailler ou télétravailler sont deux questions distinctes. Le statut de visa doit être validé localement.

Sources

  1. SPF Finances — Quitter la Belgique et résidence fiscale — https://fin.belgium.be/fr/particuliers/international/quitter-belgique/declaration-impot

  2. Sénat belge — Convention Belgique–Thaïlande contre la double imposition — https://www.senate.be/lexdocs/S0611/S06111683.pdf

  3. Thai Revenue Department — Personal Income Tax — https://www.rd.go.th/english/6045.html

  4. Coming2Belgium — Conventions bilatérales de sécurité sociale — https://www.socialsecurity.be/CMS/fr/coming_to_belgium/FODSZ_Convention

  5. Sécurité sociale belge — Détachement à l’étranger — https://www.socialsecurity.be/site_fr/employer/applics/gotot/gotot-out.htm

  6. ONSS — Sécurité sociale d’outre-mer pour expatriés — https://www.onss.be/marins-et-expats/expats

  7. Consulat thaïlandais — Destination Thailand Visa — https://thaiconsulatela.thaiembassy.org/en/publicservice/dtv-visa

  8. SPF Finances — Précompte professionnel des non-résidents — https://finances.belgium.be/fr/entreprises/personnel_et_remuneration/precompte_professionnel/non-residents

  9. SPF Finances — Précompte mobilier — https://finances.belgium.be/fr/entreprises/impot_des_societes/Precomptes/precompte-mobilier

Cet article présente un cadre général et ne constitue pas un avis fiscal personnalisé. Les règles fiscales et sociales peuvent évoluer chaque année. Le traitement correct dépend de la résidence effective, des jours de présence, du contrat, du payroll, de la convention applicable et des documents disponibles.

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