Getaround et location de voitures en Belgique : faut-il passer en indépendant complémentaire ou rester en revenus mobiliers ?

11 févr. 2026

Vous louez des voitures via Getaround en Belgique (plusieurs véhicules, revenus récurrents) ? Revenus mobiliers ou professionnels, frais réels, TVA et risque de requalification : comment décider.

Green Fern

Beaucoup de personnes commencent la location de voiture “à côté” de leur emploi salarié. Puis l’activité grandit : plusieurs véhicules, des achats faits spécifiquement pour louer, une gestion active (calendrier, tarifs, logistique, nettoyage, réparations), et parfois un financement type crédit ballon. À ce stade, une question revient souvent :

“Est-ce plus intéressant de passer en indépendant complémentaire ?”

La réponse dépend d’abord d’un point central : comment vos revenus doivent être qualifiés en Belgique.


1) Revenus de location : revenus mobiliers ou revenus professionnels ?

1.1. L’approche “revenus mobiliers” : possible, mais pas automatique

En Belgique, la location d’un bien mobilier (comme une voiture) peut, dans certains cas, être imposée en revenus mobiliers. L’intérêt principal, c’est que l’imposition peut se faire via un taux distinct (souvent 30%) et, surtout, sans cotisations sociales d’indépendant.

Mais tout se joue sur la base imposable : si vous restez sur un forfait de frais trop faible, vous êtes imposé comme si vos coûts étaient limités, alors que la réalité économique (plateforme, entretien, assurance, financement, usure) est tout autre.

Point technique important : en revenus mobiliers, le forfait “général” de frais est souvent de 15% du brut (et non 50% — le 50% vise typiquement d’autres situations comme certains montages liés à des “meubles meublants”).


1.2. Le risque de requalification en revenus professionnels augmente vite avec une “flotte”

Même si la qualification “mobiliers” peut parfois se défendre, l’administration peut considérer qu’il s’agit d’une activité professionnelle si l’ensemble ressemble à une activité organisée, avec logique d’entreprise.

Typiquement, le risque monte quand on retrouve plusieurs éléments comme : véhicules dédiés, achats réalisés pour louer, recettes récurrentes, volonté de développer, gestion active et répétée. Autrement dit : plus on se rapproche d’une activité structurée, plus la défense “purement patrimoniale” devient difficile.


1.3. Données plateforme et cohérence déclarative : l’effet “DAC7”

Autre réalité : les plateformes collectent et transmettent des informations aux autorités fiscales dans le cadre des obligations de transparence (type DAC7). Concrètement, cela implique que votre déclaration doit être cohérente avec les montants reportés (notamment la logique brut vs net, commissions, etc.).


2) “Plus intéressant fiscalement” : comparer les scénarios qui comptent vraiment

Dans une situation typique (salarié à temps plein, revenus Getaround annuels significatifs, commission plateforme élevée, plusieurs véhicules, et coûts réels importants), il faut raisonner en scénarios.


2.1. Scénario A — Revenus mobiliers avec forfait : souvent le piège

Si vous déclarez en revenus mobiliers tout en appliquant un forfait “standard” (souvent 15%), vous pouvez vous retrouver imposé sur une base trop élevée.

Exemple logique (ordre de grandeur) : si la plateforme prend environ 25% de commission, un forfait de 15% peut être inférieur à la seule commission. Résultat : fiscalement, vous payez comme si vos coûts étaient faibles, alors que vos frais sont structurellement élevés.


2.2. Scénario B — Revenus mobiliers avec frais réels : souvent le scénario le plus “léger”, si défendable

Dans beaucoup de configurations de location via plateforme, le scénario le plus efficace fiscalement est :

rester en revenus mobiliers et passer en frais réels, tant que la qualification reste défendable.

Pourquoi ? Parce que vos frais réels peuvent être très importants : commission plateforme, assurance, entretien/réparations, pneus, nettoyage, taxes, et selon les cas intérêts d’un financement (attention : les intérêts, pas le remboursement du capital) et une logique d’amortissement si vous documentez correctement les coûts liés à la production du revenu.

L’idée n’est pas “d’inventer” des frais : c’est de faire coller la base taxable à la réalité économique, pièces à l’appui.

2.3. Scénario C — Indépendant complémentaire : plus robuste, mais pas automatiquement moins taxé


Passer en indépendant complémentaire, c’est basculer dans des revenus professionnels :

  • taxation à l’IPP au taux progressif, qui peut être lourd quand on a déjà un salaire élevé ;

  • et cotisations sociales dès que l’on dépasse certains seuils.

À titre indicatif (barèmes 2026), il existe un seuil sous lequel aucune cotisation n’est due en complémentaire, et au-delà un taux (ordre de grandeur 20,5%) s’applique dans une tranche de revenus.

Dans la pratique, l’indépendant complémentaire devient surtout intéressant si l’un de ces éléments domine :

  • vous anticipez une croissance où la qualification “mobiliers” devient difficilement défendable ;

  • vous voulez une position plus robuste face au risque de requalification ;

  • vous devez gérer sérieusement la TVA ;

  • vous avez une logique d’investissements et de structure qui justifie un cadre pro (compta, suivi, organisation).


3) Le point qui change souvent la décision : la TVA

3.1. Franchise TVA : si vous restez sous 25.000 € de chiffre d’affaires

En Belgique, le régime de franchise de taxe est accessible si le chiffre d’affaires annuel ne dépasse pas 25.000 € (hors TVA).
Avantage : simplicité (pas de TVA à facturer, moins d’obligations).
Inconvénient : vous ne pouvez pas déduire la TVA sur vos achats et frais.


3.2. Régime normal TVA : possibilité de déduction, avec un point clé pour la location

En régime normal, vous entrez dans une logique de TVA “classique” : facturation/collecte et droit à déduction selon les règles.

Point particulièrement intéressant pour la location : le Code TVA prévoit une limitation générale de déduction sur les véhicules (souvent max 50%), mais avec des exceptions, notamment pour les véhicules destinés à être donnés en location par un assujetti dont l’activité consiste dans la location de véhicules automobiles accessible à quiconque.

En clair : si votre activité correspond réellement à une activité de location ouverte au public (ce qui peut être compatible avec un modèle via plateforme), la question TVA peut devenir un levier important. Mais attention : en B2C, la TVA peut aussi peser sur le prix final et donc sur la marge si le marché impose des prix “TVA comprise”.


4) Comment trancher proprement : les vérifications à faire avant de choisir

Dans une situation “flotte + plateforme + développement”, la meilleure décision ne se prend pas “au feeling”. Les points déterminants sont généralement :

  • le détail des revenus plateforme (montants, brut/net, commissions) pour rester cohérent avec les données reportées ;

  • la liste complète des frais (assurance, entretien, pneus, nettoyage, taxes, parking, dépannage, etc.) ;

  • la structure du financement (part d’intérêts) ;

  • la réalité de l’activité (fréquence, organisation, volonté de croissance) pour mesurer le risque “professionnel” ;

  • la stratégie TVA : franchise (simplicité) ou régime normal (déduction potentiellement plus favorable selon le cas).

Souvent, la conclusion ressemble à ceci :

  • Fiscalement, mobiliers + frais réels est fréquemment le scénario le plus “léger” à court terme… si la qualification est défendable et le dossier est documenté.

  • Indépendant complémentaire est souvent le scénario le plus “robuste” quand l’activité devient clairement structurée et appelée à croître, même si la charge globale (IPP + cotisations) n’est pas toujours la plus basse au départ.


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