Donation Belgique–France en 2026 : rendre l’argent permet-il d’éviter les droits ?

Donation Belgique–France : rendre l’argent efface-t-il les droits ? Pas automatiquement. Résidence fiscale, abattements et risque successoral belge en 2026.

Rendre à un parent établi en Belgique l’argent reçu par donation ne suffit pas à effacer les droits français. Le virement retour peut constituer une nouvelle donation. La fiscalité dépend notamment de la résidence fiscale, de la localisation des fonds, des donations antérieures et des règles successorales belges : la réponse dépend de la situation individuelle.

Les montants ci-dessous sont illustratifs ; le cadre concerne les donations de 2025 et 2026, et non une année de revenus ou un exercice d’impôt sur le revenu.

Quand la France peut-elle taxer une donation provenant de Belgique ?

Un parent domicilié en Belgique donne de l’argent à son enfant majeur installé en France. L’origine belge du virement ne suffit pas à exclure les droits français.

L’article 750 ter du Code général des impôts (CGI) distingue trois situations :

Situation

Étendue de l’imposition française

Donateur fiscalement domicilié en France

Biens français et étrangers

Donateur domicilié hors de France ; bénéficiaire non résident français ou ne remplissant pas la condition des six ans

Biens situés en France

Donateur domicilié hors de France ; bénéficiaire résident français ayant été domicilié en France au moins six années sur les dix années précédant celle de la donation

Biens français et étrangers

La convention franco-belge du 20 janvier 1959, citée en matière de successions, ne constitue pas une convention générale exonérant les donations entre les deux pays.

Comment fonctionne la règle des six ans sur dix ?

Pour une donation reçue en 2025, la période de référence est 2015–2024. Pour une donation reçue en 2026, elle devient 2016–2025. Une même personne peut donc se trouver sous le seuil une année et l’atteindre l’année suivante.

Les six années ne doivent pas nécessairement être consécutives. L’examen repose sur les faits et les critères de l’article 4 B du CGI : foyer ou séjour principal, activité professionnelle et centre des intérêts économiques.

Une année d’installation partielle ne doit pas être automatiquement écartée. Inversement, avoir déposé une déclaration française ne suffit pas, à lui seul, à établir la résidence fiscale pour toute l’année. Les baux, contrats et justificatifs de résidence doivent être examinés ensemble.

Cette règle n’est toutefois pas une exonération générale pendant les premières années en France : les biens situés en France restent susceptibles d’être imposés.

Pourquoi la localisation du compte bancaire compte-t-elle ?

L’article 750 ter et la doctrine administrative incluent parmi les biens français les créances sur un débiteur établi ou fiscalement domicilié en France. Un solde bancaire constitue une créance sur une banque.

Dans le cas type étudié, l’analyse retient une imposition française lorsque le don est réalisé par crédit sur un compte auprès d’une banque française. La localisation juridique de la créance et les modalités exactes du transfert doivent néanmoins être vérifiées : la seule provenance étrangère de l’argent ne tranche pas la question.

Lorsque le bénéficiaire remplit déjà la condition des six ans, déplacer le compte de réception hors de France ne suffit pas à écarter l’imposition française, puisque celle-ci peut alors couvrir les biens étrangers.

Quels abattements et taux français faut-il prendre en compte ?

Deux mécanismes distincts peuvent intervenir dans une donation d’un parent à son enfant :

  • L’abattement de 100 000 €, prévu par l’article 779 du CGI, sous réserve des donations antérieures entre les mêmes personnes.

  • L’exonération des dons familiaux de sommes d’argent de 31 865 €, prévue par l’article 790 G du CGI, renouvelable tous les quinze ans, avec notamment un donateur de moins de 80 ans, un bénéficiaire majeur et une déclaration dans le délai requis.

Ces dispositifs ne se renouvellent pas à chaque virement. L’article 784 du CGI impose de tenir compte des donations antérieures de moins de quinze ans, des abattements consommés et des tranches déjà utilisées.

Utiliser un abattement dans une déclaration ne revient pas, en soi, à affirmer que le bénéficiaire réside en France depuis six ans. L’abattement et la territorialité répondent à des questions différentes.

Pour les montants illustrés ici, les tranches du tarif en ligne directe de l’article 777 du CGI sont les suivantes :

Fraction de la part nette taxable

Taux

Jusqu’à 8 072 €

5 %

De 8 072 € à 12 109 €

10 %

De 12 109 € à 15 932 €

15 %

De 15 932 € à 552 324 €

20 %

Ces quatre tranches ne constituent pas le barème complet au-delà de 552 324 €.

Exemple : un nouveau don d’environ 150 000 €

Supposons qu’un précédent don ait épuisé l’abattement, mais n’ait consommé aucune tranche taxable. Un nouveau don imposable de 150 000 €, sans autre exonération disponible, entraîne environ 28 200 € de droits : les trois premières tranches s’appliquent, puis le solde relève du taux de 20 %.

Si une exonération de 31 865 € a été utilisée à hauteur de 30 000 €, son reliquat est de 1 865 €. Lorsqu’il reste utilisable et que les conditions sont remplies, il peut réduire les droits d’environ 373 € sur une fraction taxée à 20 %.

Le montant réel dépend donc aussi de l’historique des déclarations. Une estimation fondée uniquement sur le dernier virement peut être trompeuse.

Pourquoi rendre l’argent peut-il aggraver la situation ?

La donation suppose une intention de donner et une acceptation. L’article 894 du Code civil, cité dans l’analyse, pose le principe du dépouillement actuel et irrévocable du donateur.

Un simple changement d’avis ne permet pas de considérer que le don n’a jamais existé. Si l’enfant reverse volontairement les fonds au parent avec une nouvelle intention libérale, ce retour peut être une seconde donation, sans effacer la première.

Dans l’exemple de 150 000 €, un retour qualifié de donation à un ascendant pourrait laisser 50 000 € taxables après un abattement de 100 000 €, à supposer celui-ci entièrement disponible. Cela représente environ 8 200 € de droits supplémentaires, en plus de ceux du premier transfert.

La restitution fiscale des droits relève de conditions propres, notamment de l’article 1961 du CGI évoqué par la réponse ministérielle citée en sources. Une annulation judiciaire définitive et un simple virement retour ne sont pas équivalents.

Il faut aussi distinguer une véritable donation d’un dépôt, d’une somme confiée ou d’un prêt réellement convenu dès l’origine. Présenter après coup un don comme un prêt ne change pas l’intention initiale et peut exposer à une contestation fiscale.

En Belgique, l’absence d’enregistrement ne supprime pas le risque successoral

Pour un don bancaire relevant du régime bruxellois, l’absence d’enregistrement signifie en principe qu’aucun droit de donation belge n’est perçu. Mais un décès pendant la « période suspecte » peut entraîner une taxation successorale du don non enregistré.

À Bruxelles, l’ordonnance du 17 juillet 2025, commentée par la circulaire 2026/C/28, distingue :

Date de la donation non enregistrée

Période suspecte

Avant le 1er janvier 2026, notamment en 2025

Trois ans

À partir du 1er janvier 2026

Cinq ans

Une donation de 2025 peut donc rester exposée jusqu’à sa date anniversaire en 2028, tandis qu’une donation de 2026 peut l’être jusqu’à sa date anniversaire en 2031.

L’enregistrement volontaire d’une donation mobilière en ligne directe au tarif bruxellois de 3 % permet d’écarter ce risque lié au don non enregistré. Sur 150 000 €, son coût illustratif est de 4 500 €. La région compétente doit être déterminée à partir du domicile fiscal du donateur et de son historique pertinent sur cinq ans.

À titre de comparaison, les tranches bruxelloises de droits de succession en ligne directe citées dans l’analyse sont :

Fraction de la part successorale

Taux

Jusqu’à 50 000 €

3 %

De 50 000 € à 100 000 €

8 %

De 100 000 € à 175 000 €

9 %

De 175 000 € à 250 000 €

18 %

De 250 000 € à 500 000 €

24 %

Au-delà de 500 000 €

30 %

Le risque dépend de l’ensemble de la part successorale, pas seulement du montant donné. Les droits belges ne doivent pas être supposés automatiquement déductibles des droits français : l’analyse retient notamment l’absence d’imputation lorsque les fonds donnés sont qualifiés de biens situés en France.

L’enregistrement d’un don bancaire peut se faire sur la base d’un acte sous signature privée, soumis via MyMinfin ou auprès du service compétent, sans nécessairement recourir à un acte notarié.

Donation et succession : deux analyses différentes

La convention franco-belge du 20 janvier 1959 prévoit des règles propres aux successions. Pour les sommes d’argent envisagées dans le cas type, l’analyse rattache l’imposition successorale à l’État du domicile du défunt. Il faut donc comparer donation et succession avant le transfert, sans supposer qu’elles produisent les mêmes droits.

Le volet civil reste distinct de l’impôt. En droit belge, les donations aux enfants sont en principe des avances sur héritage, sauf disposition contraire. Le rapport en valeur, l’indexation et la réserve des héritiers peuvent modifier l’équilibre du partage.

Les droits du conjoint survivant doivent également être examinés : l’analyse rappelle une réserve portant sur l’usufruit de la moitié de la succession, avec au minimum l’usufruit du logement familial et de ses meubles. Un pacte successoral devant notaire peut être pertinent selon la famille et les donations antérieures.

Quels sont les délais de déclaration et de réclamation ?

Il faut distinguer les échéances suivantes :

  • Don manuel ordinaire : le délai de déclaration est d’un mois à compter de sa révélation à l’administration, et non systématiquement de sa réception.

  • Exonération de l’article 790 G : la déclaration doit intervenir dans le mois suivant la date du don pour bénéficier du régime.

  • Don manuel supérieur à 15 000 € : une option peut permettre, sous conditions de révélation spontanée, de reporter la déclaration et le paiement au mois suivant le décès du donateur. Ce report n’est pas une exonération.

  • Réclamation fiscale : le délai général évoqué dans l’analyse va jusqu’au 31 décembre de la deuxième année suivant celle du versement de l’impôt, sous réserve du point de départ effectivement applicable.

L’article 757 du CGI rattache l’imposition du don manuel à sa déclaration, sa reconnaissance judiciaire ou sa révélation. Il prévoit une évaluation au jour de la déclaration ou du don si cette dernière valeur est supérieure, avec le tarif et les abattements applicables lors de la déclaration.

Plusieurs virements rapprochés peuvent nécessiter un examen commun : la révélation de l’un peut soulever la question de la révélation des autres. Il serait donc imprudent de conclure à l’absence de retard sans revoir les échanges déjà intervenus avec l’administration. Le formulaire 2735 mentionné dans l’analyse est une référence déclarative ; les modalités de dépôt applicables doivent être vérifiées au moment de déclarer.

Questions fréquentes

Un don de mes parents belges est-il automatiquement exonéré en France ?

Non. La France peut taxer selon la résidence du donateur, celle du bénéficiaire et la localisation des biens. Les abattements disponibles s’examinent ensuite.

J’habite en France depuis moins de six ans : dois-je déclarer ?

La condition porte sur six années parmi les dix années précédant celle du don. Même si elle n’est pas remplie, les biens situés en France peuvent rester imposables ; les obligations déclaratives doivent être examinées séparément.

Combien coûte une donation de 150 000 € si mon abattement est épuisé ?

Dans l’hypothèse illustrée, sans exonération restante ni tranches déjà consommées, les droits français sont d’environ 28 200 €. Un historique différent peut modifier le calcul.

Puis-je rembourser mes parents pour annuler la taxe ?

Un simple virement retour n’efface pas une donation réalisée. Il peut être qualifié de nouvelle donation, avec ses propres droits.

Payer 3 % en Belgique remplace-t-il les droits français ?

Non. L’enregistrement belge et l’imposition française répondent à des règles distinctes ; un crédit d’impôt ne doit pas être présumé. Le taux bruxellois de 3 % sert notamment à écarter le risque successoral attaché à une donation mobilière non enregistrée.

Ai-je toujours un mois après le virement pour déclarer ?

Non : pour le don manuel ordinaire, le délai est lié à la révélation. Pour l’exonération des dons familiaux de sommes d’argent de l’article 790 G, le mois se compte à partir du don.

Sources

  1. Article 750 ter du CGI (Légifrance)

  2. BOFiP BOI-ENR-DMTG-10-10-30, territorialité des droits de mutation à titre gratuit

  3. Article 4 B du CGI (Légifrance)

  4. Kohen Avocats, donation France-Belgique et règle des six ans

  5. AGN Avocats, donations internationales et biens situés en France

  6. Article 779 du CGI, abattement de 100 000 euros (Légifrance)

  7. BOFiP BOI-CTX-PREA-10-30, délai général de réclamation

  8. Article 757 du CGI, dons manuels (Légifrance)

  9. Notice du formulaire 2735, délais de déclaration des dons manuels

  10. Article 790 G du CGI, dons familiaux de sommes d'argent (Légifrance)

  11. Article 777 du CGI, tarif des droits (Légifrance)

  12. Article 784 du CGI, rappel des donations antérieures (Légifrance)

  13. Legifiscal, révocation d'une donation et article 894 du Code civil

  14. Assemblée nationale, question écrite n° 1991, restitution des droits et article 1961 du CGI

  15. Circulaire 2026/C/28, ordonnance bruxelloise du 17 juillet 2025 et période suspecte de cinq ans

  16. Forum for the Future, la donation d'argent et l'arbitrage de l'enregistrement

  17. Notaire.be, tarifs des droits de succession à Bruxelles

  18. SPF Finances, faire enregistrer une donation mobilière

  19. Convention franco-belge du 20 janvier 1959 en matière de successions (texte)

  20. Notaire.be, réforme des successions, donations en avance d'hoirie et réserve

Cet article expose un cadre général et ne constitue pas un avis fiscal personnalisé. Les règles peuvent changer d’une année à l’autre. Le traitement correct dépend des dates, de la résidence fiscale, des modalités du transfert et de la situation patrimoniale et familiale exacte.

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